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Les publications de la Société Française de Psychanalyse Appliquée

 

 

Se familiariser avec les leçons d’Épicure

Accepter le monde tel qu’il se présente et s’en émerveiller, voilà bien l’essence d’une philosophie qui a traversé les âges. À une époque où nos plaintes, bien que parfois justifiées, sont en passe de nous faire oublier que la vie nous offre, quoi qu’il en soit, suffisamment de raisons de nous réjouir, il serait bon de nous souvenir des leçons d’Épicure.

Épicure (341-270 avant J.C), philosophe et physicien grec de l’Antiquité, ne propose en aucune manière la fuite vers une jouissance débridée. Il s’agit plutôt d’une vraie pensée philosophique, construite non pas sur la recherche du plaisir à tout prix mais à partir de l’élaboration d’une intelligence du plaisir.

Toute vie est « une bonne vie »
Comme le souligne Lucrèce, un de ses disciples, dans son De Natura Rerum, De la nature des choses, Épicure est un homme de liberté. L’épicurien vit dans un monde dans lequel rien n’est déterminé d’avance. Pour lui, toute vie est « une bonne vie ». Le fait même de vivre est merveilleux. Contrairement à la tradition judéo-chrétienne, la notion de péché originel est exclue. Nous ne sommes pas responsables des agissements de nos ancêtres. Pourtant, être épicurien ne consiste pas à être un jouisseur. L’épicurisme enseigne à se contenter de peu, non pas pour des raisons idéologiques, mais pour se préparer au pire, pour s’adapter à toutes les circonstances. La démesure y est proscrite. Ainsi, la suppression de désirs superflus, tout autant que des interdits irrationnels, peut aboutir à cet état heureux d’équilibre entre nos besoins et l’ensemble de ce qui est.

Plaisir, douleur et réalité
Au commencement était le plaisir… De fait, aucune vie n’est possible sans cet état primordial. Nous ne pouvons nous en passer au risque de nous détruire. Il ne s’agit pas en effet de poser un déni sur la douleur. Notre naissance s’est accompagnée d’un traumatisme qui a sûrement servi à limiter notre sentiment de toute-puissance. Depuis ce jour, nous ne pouvons plus nous prendre pour le centre de l’Univers. Il va donc falloir composer avec le monde. La première nécessité que nous avons du mal à admettre, c’est que nous ressentons parfois des désirs qui ne correspondent pas au réel. La psychanalyse emploie pour ceux-ci le terme de fantasmes. Ainsi, si nous naissons garçon, il nous sera impossible de devenir une femme (sauf cas exceptionnel) au risque d’être contre nature et d’en souffrir. C’est bien à partir de cette acceptation que nous allons libérer notre philosophie épicurienne. Selon celle-ci, le plus grand plaisir est la suppression de toute douleur. En conséquence, on doit éviter cer-
tains plaisirs, et même accepter certaines douleurs…

Une pensée positive de tous les instants
Prendre en compte intelligemment le principe de plaisir, c’est se tourner résolument du côté de la vie. Pour cela, rien ne sert de tempêter contre les circonstances. Mettre la plainte de côté, sans la nier, peut refaire de nous des êtres de plaisir. L’épicurisme relève, de fait, de la pensée positive. François retrouve sa carte bancaire qu’il avait perdue : À la réflexion, j’ai éprouvé un sentiment de plaisir intense que je n’aurais pas connu sans cet épisode, témoigne-t-il... En outre, Épicure dit à propos de la douleur physique : Nulle douleur du corps ne dure longtemps sans quelque interruption ; si elle est au plus haut degré, elle finit bientôt ; si elle dure plusieurs jours, elle a des moments de repos. Les maladies qui durent ont des repos qui font plus de plaisir que la douleur n’a fait de mal… Exemple extrême qui peut entraîner à réfléchir aux nombreux plaisirs à côté desquels nous passons sans nous en rendre compte. Pensons au toit qui nous abrite (que nous pourrions ne pas avoir), à l’ordinateur que nous possédons (que nous pourrions ne pas posséder), à notre faculté de voir (nous pourrions être aveugles). Choisissons une bonne fois pour toutes d’apprécier les avantages plutôt que d’amplifier les inconvénients qui ne valent que pour le moment. À trop rester fixé sur le déplaisir, nous risquons d’en oublier de vivre…

 

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