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Qui sont donc
ces pédophiles ?
Parmi les nombreux types de perversion, la pédophilie
est classée dans la catégorie des "troubles de la préférence
sexuelle". Il s’agit d’un amour érotique et charnel
pour des enfants n’ayant pas atteint le stade de la puberté.
L’humain est un être de pulsions. Leur destin est soumis au refoulement et à la sublimation de l’objet du désir interdit. Des affaires de pédophilie défilent régulièrement sur les écrans de télévision et dans les journaux, sous l’oeil parfois voyeuriste de téléspectateurs et de lecteurs. Les procès, les mises en examen, les méthodes de la justice, enflamment un auditoire perplexe, face à une incompréhension de la personnalité morale des accusés.
Les facettes de la libido
L’évolution de la société et le désir de mettre au
grand jour les affaires de pédophilie, de lever le voile qui recouvre l’indicible, participent à la nécessité de
comprendre l’être humain dans la complexité de sa structure psychique. Le désir sexuel est une pulsion
qui cherche à se satisfaire et vise un objet qui n’est pas forcément celui référencé par l’ordre sociétal
dans lequel nous vivons. Cet aspect de la sexualité se retrouve depuis la Grèce antique et autres civilisations, relaté par la littérature et, notamment, par maints auteurs pour ne citer qu’Henry de Montherlant ou André Gide ! Si la révélation des facettes de notre libido nous terrifie, comme la bourgeoisie viennoise fut perturbée au temps de Freud lors de la publication de sa théorie de la sexualité en 1905, c’est que nous refoulons et mettons à l’écart tout ce qui nous horrifie... La pratique de la pédophilie est à condamner fortement et sans équivoque
pour la protection des enfants. Toutefois, une répression aveugle ne résoudra pas cette incohérence comportementale de l’homme sans prendre en compte la cause psychique qui caractérise l’acte pédophilique et ses solutions thérapeutiques.
Qui sont donc ces pédophiles ? Des enseignants, des éducateurs, des prêtres, des hommes dont la charge
est d’enseigner, d’éduquer, de guider, de prendre le relais du père dans son rôle social ; ce sont aussi des
hommes dont la fonction est d’être proches, par la parole, d’enfants encore naïfs et dépourvus de la
fonction sexuelle. Il est à noter qu’il n’y a pas d’acte de cruauté explicite sur les enfants ; celle-ci est
cachée par de la séduction de la part du pédophile, souvent dirigée sur des garçons non encore pubères. L’affaire judiciaire de Marc Dutroux a jeté la confusion dans les esprits sur la différence que recouvrent
les mots de pédophilie, de pédérastie et d’actes de violence sexuelle et criminels sur des enfants. La
perversion a de multiples registres dont le sadisme et le crime sexuel.
Le pédophile se définit comme celui qui aime les enfants de manière préférentielle. Alcibiade, dans son éloge de Socrate, clame sa jalousie confusionnelle entre amour passion et amour platonique : Jetez les yeux sur la passion que Socrate témoigne aux beaux garçons ; voyez comme il s’attarde continuellement avec eux, et à quel point il en est captivé. Mais, dans le terme aimer, s’élève une ambiguïté : de quel amour s’agit-il ? De l’amour platonique au passage à l’acte sexuel avec des enfants, il y a un interdit que le pédophile franchit à un moment de sa vie. L’acte pervers de pédophilie concerne moins le sexe féminin. Cela implique que le pédophile est soumis à une castration symbolique singulière qui l’exonère de toute culpabilité à l’égard de son acte. Ces hommes sont souvent des symboles de la société
grâce à leur fonction éducatrice, d’excellents
pédagogues, détenteurs d’un savoir et donneurs de
leçons, dont l’apparente rigidité cache des êtres
paradoxaux, partiellement ou totalement impuissants
sexuellement avec les femmes. Bien que certains
aient eu des vies conjugales normales, ce trait
de perversion peut se mettre en place tard dans
l’existence, après une déception ou une expérience déplaisante. C’est la particularité de la situation qui
facilitera le passage à l’acte. Il suffira d’une première
fois pour que le besoin de compulsion
devienne impérieux.
Une apparence trompeuse
Les apparences de l’homme respectueux et respecté
ont trompé bien des parents crédules et des institutions
indulgentes. Les premiers signes manifestes
ont souvent été passés sous silence
car le pédophile fait illusion au nom
de la loi et se situe apparemment
dans la règle. Croyant éviter le pire,
les autorités soucieuses de taire la
rumeur, peuvent le déplacer de son
poste de responsabilité. Mais, bientôt,
le symptôme ressurgit avec plus
de force et de fracas, éclaboussant
familles et administrations, une fois
de plus pour le désarroi de tous.
Le pédophile va son chemin, un pied
dans l’ordre social, magnifiant les
règles dans une ardeur qui rassure, et
l’autre pied dans la négation de cette
loi, introduisant la sienne qui l’autorise à outrepasser l’interdit. Il ne
peut s’assurer de son acte comme éducateur que par la reconnaissance
des enfants ; c’est ce qui explique
leur silence collectif à cause du lien social imaginaire
qui les occupe et qu’a mis en place le pédophile.
La chasse aux pervers
L’enfermement est-il la solution ? C’est là que réside
la seule réponse de la justice et de la société actuelle pour écarter le pédophile de ses forfaits. Et
que penser d’ailleurs aujourd’hui de la société hellénique
dans laquelle la relation pédophilique étaitéducatrice et formatrice ? En outre, les monastères ont souvent été des lieux privilégiés pour les relations
amoureuses entre religieux et jeunes novices. Malheureusement, il n’y a rien de nouveau dans
notre civilisation. Si ce n’est l’amplification des
réseaux de pédophilie qui se sont développés avec
l’arrivée du Net. Bien que la chasse aux pervers soit organisée, ce qui est rassurant pour la protection des
enfants, certains pays restent dangeureusement complaisants à cette pratique, encore tolérée par leur culture...
Ceci confirme combien cette aberration des
tendances humaines s’inscrit dans le principe même
d’usages ancestraux. L’être humain etant soumis à l’intensité de ses pulsions
et cherchant impérativement à les satisfaire,
qu’est-ce qui caractérise alors la différence du pédophile
de l'homme dit normal ? Il s’agit d’une difficulté
de refoulement et de sublimation de la pulsion
sexuelle. La pulsion, mal refoulée, cherche à s’exprimer
par des voies qui lui sont propres et à l’insu
de la raison. Son but est la satisfaction, la jouissance,
quel que soit l’objet élu. Chez le non pédophile,
celle-ci a été détournée de son objet sexuel et investie
dans des valeurs sociales et humanisantes, thérapeutiques
ou éducatives. Il y a celui qui a l’énergie
pour repousser une pensée non conforme et il y a
celui qui succombe à ses démons. Chez le pédophile,
la pulsion fait retour vers son objet primitif, ce qui
le met en confusion, dans la forme, entre l’amour
filial et l’amour sexuel. Il cherche à restaurer une
relation amoureuse père – enfant, telle qu’il l’a fantasmée
petit, une relation de chair et d’attouchements érotiques, une relation incestueuse. Le pédophile
choisit ses victimes pour des raisons biens précises.
L’enfant est cet être d’innocence, de pureté,
qui ne s’incarne pas encore dans la différence des
genres ; il est asexué, androgyne, non inscrit dans
l’ordre des sexes, assurant ainsi au pervers une dénégation
de la castration. Dès la puberté de ses victimes,
celui-ci se détourne de sa proie pour plus candide.
L’être normalisé par l’interdit de l’inceste ne
l’intéresse plus et il s’angoisse à la pensée d’une
relation homosexuelle avec son alter ego. Le pédophile
cherche à révéler, dans la projection de son
fantasme sur les enfants, l’idéalisation de la relation
paternelle. L’enfant qu’il stipendie à la relation
pédophilique n’est que celui qu’il aurait voulu être
dans la relation à son père : être enseigné aux rapports
amoureux et voluptueux du corps dans la quête
d’une jouissance totale et dictatoriale. Droit que la
mère s’est octroyée et a interdit au père dans le fantasme
structural du pédophile.
Le pédophile recherche donc pathologiquement le
paradis perdu de son enfance dont il a été arbitrairement
chassé. Il tente diaboliquement de le rejoindre en
s’introduisant dans l’univers édénique de l’enfance.
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