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Ne pas se laisser faire… dès l’école !
Nous avons tous dans notre cursus scolaire un souvenir d’injustice dont nous
avons été victimes. Un « a priori » de la part d’un professeur qui nous a valu un échec, le sentiment, réel ou imaginaire, que l’enseignant nous persécutait. Comment en faire une revanche ?
L’enseignement, métier difficile s’il en est, n’est pas à l’abri de certaines dérives préjudiciables quant aux devenir de l’ « ensaigné ». Mais c’est sans compter sur nos ressources psychiques en matière de sublimation. C’est peut-être l’occasion rêvée de lâcher le couple infernal dominant/dominé.
Les bons et les mauvais
Il existe cette image, pas si désuète que ça, que l’on
doit à un héritage judéo-chrétien remontant à Charlemagne, censé avoir inventé l’école.
Autrefois, dans les livres d’Histoire était représenté
le bon roi avec sa belle barbe blanche, encadré à sa
gauche de mauvais élèves et à sa droite de bons élèves.
La confusion est toujours de mise : Je ne réussis
pas à l’école. C’est ma faute, c’est ma très grande
faute. Encore que grâce à la psychanalyse, on
tend à moins stigmatiser les enfants en échec scolaire.
On a plutôt tendance maintenant à les plaindre,
ce qui n’est peut-être pas mieux dans la mesure
où on les affuble d’une maladie cognitive à coup de
dys (dyslexiques, dyscalculiques, dysphasiques et
autres termes savants en hic). On se retrouve maintenant
avec de nombreux élèves en difficulté scolaire
sur lesquels on s’acharne à coup d’orthophonie,
de bilans neuro-psy et autres spécialités médicales
et paramédicales. C’est en quelque sorte oublier que
la difficulté est normale et à vouloir mettre tous les élèves dans le même moule, on passe à côté de la
réalité psychique d’un sujet.
Comment sublimer l’exclusion
Pour remplacer les anciennes classes de transition,
on a rebaptisé sixièmes allégées ces classes où l’échec
scolaire semble toujours aussi lourd à assumer.
L’illusion de l’intégration bat ainsi son plein et il est
rare de voir un élève de ces classes réintégrer le circuit
normal. Comment donc sublimer cette voie de
garage où l’on oriente tout élève qui n’est pas
conforme à la norme imposée ? Bien que la chose
ne soit pas aisée, cette situation est d’abord la preuve
objective que l’institution enseignante a atteint ses limites. À quoi sert de continuer à idéaliser un corps enseignant qui ne peut se mettre suffisamment à l’écoute puisque sa vocation consiste à évaluer des
compétences ? Puis à faire en sorte que celles-ci soient conformes à celles qui sont exigées par les
programmes officiels. Si l’énergie psychique nécessaire à de tels apprentissages n’est pas au rendez-vous,
ce n’est pas qu’elle n’existe pas mais qu’elle
est utilisée ailleurs. Il serait pourtant intéressant de
prendre en compte cette évidence.
Yoann, élève de 6ème allégée, ne supporte pas de
rester sans parler et sans bouger. Il n’a pas, à cause
de son comportement, les connaissance nécessaires
pour être orienté en 6ème normale. Les règles qui
consistent à rester assis 4 ou 5 heures par jour sont
pour lui difficiles à respecter. Le voilà donc mal
orienté, alors que son potentiel intellectuel n’est pas
en cause. Dans un premier temps, Yoann a accepté la situation. Mais il se rend vite compte qu’il réussit
là où d’autres échouent. Son besoin de parler l’amène à rencontrer la conseillère d’orientation du collège
où il se trouve. Après une série de tests auxquels
il se soumet volontiers, il s’avère que son quotient
intellectuel est supérieur à la moyenne. Entre temps,
il fait la connaissance d’enfants appartenant à un
cirque itinérant qui sont scolarisés au hasard des
villes où le chapiteau est installé. Ces camarades de
trois jours semblent bien dans leur peau, quoique ne
répondant pas aux critères de l’école en matière de
savoir. La seule différence, c’est qu’on leur fiche la
paix… Yoann redemande un rendez-vous avec la
conseillère d’orientation en présence de ses parents.
Il veut faire l’école du cirque. Ses parents, jusque-là
désespérés par l’échec de leur fils, l’inscrivent à un
stage pendant les vacances de Toussaint qui s’avère
confirmer sa vocation. En un an, il rattrape tout le
retard accumulé et continue sa scolarité dans une école renommée du cirque. Ainsi, si un enfant fait le
cirque en classe, il serait utile d’y voir de plus
près…
Un exemple célèbre
Dans l’ouvrage autobiographique de C. G. Jung,
« Ma vie », publié dans la collection Folio, celui-ci relate un épisode plein d’enseignement quant au
sens que l’on peut donner à une situation injuste :
Nous avions eu un sujet de rédaction qui, exceptionnellement,
m’intéressa. Aussi, je me mis au travail
avec zèle et je fis une composition qui me sembla
soignée et réussie. J’en attendais au moins une
des premières places… Au moment de rendre la dernière
dissertation, le professeur dit, devant toute la
classe : Maintenant, il reste encore une dissertation,
celle de Jung. Elle est de loin la meilleure et je lui
aurais bien donné la première place.
Malheureusement, c’est une fraude… Sur la dénégation
de son élève, l’enseignant ajouta : Tu mens !
Tu es incapable d’écrire une composition comme
celle-là ! Personne ne te croira ! Donc tu mens ! Où
l’as tu copiée ? Après une légitime révolte, le futur
psychologue se dit : Le maître est évidemment un
sot qui ne comprend rien à ta manière d’être, ce qui
revient à dire qu’il ne comprend pas mieux que toi.
Car même le plus brillant des maîtres ne peut
connaître toute la vérité. Lorsqu’on imagine l’énergie
qu’il a fallu à C. G. Jung pour se démarquer de
Freud, tout en le respectant, on peut dire qu’il l’a
trouvée dans cette capacité à penser par lui-même,
sans se laisser inféodé par qui que ce soit. Cette façon
d’être a débouché, en ce qui concerne le psychologue
analytique – il ne se disait pas psychanalyste – sur
une oeuvre qui, si elle doit ses fondements à Freud,
fait preuve d’une originalité qui fait de son auteur un
précurseur.
Le processus d’individuation, d’ailleurs théorisé par
Carl-Gustav Jung, est en chacun. Le tout est de ne pas
se laisser enfermer par le jugement ou l’appréciation d’autrui
et de trouver la voie d’accès à sa place réelle. Une seule
condition est nécessaire : ne pas s’en laisser trop conter !
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