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Le piercing n’est
pas qu’un effet
de mode
La mode actuelle est au piercing. Ce phénomène touche préférentiellement préados
et adolescents, en grande majorité les filles. Ses localisations sont le plus
souvent au niveau de la face et en regard du nombril. Sa forme, fréquemment
celle d’un anneau ou d’une sphère, renvoie à l’image du sein.
En fait, cette pratique est ancienne et fut utilisée
par différentes tribus, en de nombreux
points du monde. Bijoux d’ornement ou
marque d’appartenance à une caste particulière, ces
parures corporelles existaient déjà au néolithique.
En Afrique, des labrets en pierre pouvaient servir
d’ornement en transperçant la lèvre inférieure. Dans
la tribu des Mursi, les femmes y inséraient des plateaux
en bois. Pour les oreilles, la taille du trou –
réalisé dans le lobe – permettait d’identifier la
richesse d’une personne. Plus celui-ci était grand,
plus le rang social était haut. Le piercing du nez
semble prendre son origine au Moyen-Orient et
s’est développé en Inde au XVIème siècle : il servait à définir le rang social de la femme qui le portait.
Dans le monde occidental, même si la perforation
des oreilles était connue de nos lointains ancêtres,
le développement du piercing a pris seulement
de l’ampleur dans les années 80, aux USA au début
puis dans la culture gay. En 1994, Jean-Paul
Gaultier, « l’enfant terrible de la mode française »,
contribua à sa découverte avec la présentation
d’une collection intitulée « Piercings et tatouages ».
Un besoin de coupure
Si le piercing est donc envisagé comme parure, dans
le même temps il perce et troue la peau. Celui-ci est donc à entendre comme une plaie cutanée que le
sujet décide inconsciemment de s’infliger. Il s’agit
en quelque sorte de l’expression d’une souffrance
psychique. Cet affect de coupure, qui date de la
petite enfance, est « verbalisé » sur le plan corporel
par cet anneau, manifestation d’une image de soi
défaillante. Lorsque les piercings se multiplient, l’aspect du visage devient impressionnant, inquiétant,
destructeur et rejoint, dans le même esprit,
automutilations et scarifications.
Cette peau, notre enveloppe
Selon Didier Anzieu, « la peau est l’extrême limite
du moi », représentant ainsi notre enveloppe. Freud
est d’ailleurs l’un des précurseurs de la théorie des
enveloppes. La peau sert d’interface entre intérieur
et extérieur. In utero, le foetus est protégé de l’extérieur
par la paroi utérine mais, fantasmatiquement,
sa mère et lui ne font qu’un. Lors de sa naissance, le
bébé a l’impression de perdre une partie de lui-même
mais il récupère son « unité » grâce au
contact peau à peau avec sa génitrice : en tétant le
sein, le biberon, par les soins qui lui sont accordés,
le maternage. Mais pour certains individus, un sentiment
de blessure va perdurer au niveau psychique.
Le réveil des pulsions
Cette blessure cutanée refoulée sera réactivée dans
la vie de l’enfant, puis de l’adulte, à chaque épisode à connotation de rupture. L’âge de 13-14 ans, par
exemple, correspond au début d’une intense activité
sur le plan psychique. Le corps se transforme
aussi. Il devient difficile pour le jeune adolescent
d’accepter ses modifications vers un profil adulte
car elles amènent une notion de vieillissement, donc
de prise de conscience de la mortalité. Cette période
s’accompagne également d’un réveil des pulsions
sexuelles. Il lui faudra définitivement couper
son « cordon ombilical » avec sa mère mais également
avec son père et se tourner vers un amour
possible... Les pulsions qui animent le jeune peuvent
le conduire au besoin de « se couper » physiquement,
traduisant ainsi une difficulté à s’envoler
du nid et prendre véritablement son indépendance.
Parfois, il sent que ses parents ont du mal à lui faire confiance et le piercing sera une sorte de SOS qui
leur sera destiné. Une façon singulière d’exprimer,
lorsque les mots manquent, ce mal-être. Un message
riche de sens quoi qu’il en soit…
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