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Les publications de la Société Française de Psychanalyse Appliquée

 

 

Le nez, révélateur de notre véritable identité

Après le toucher, l’odorat est le premier sens qui se développe in utero, le nerf et les bulbes olfactifs se constituant chez le foetus à neuf semaines de gestation. Pourtant, bien que déjà sensibilisé aux odeurs intra liquidiennes, le nez du bébé n’assumera sa pleine fonction qu’au moment de sa venue au monde, au contact de l’air.

C’est peut-être pour cela que, métaphoriquement, la Genèse biblique explique : « Et Yahweh, Dieu, forma l’homme… et il souffla dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant ». Ainsi notre nez est-il le passage obligé de l’esprit de vie…

Le souffle vital
Nous pouvons rester plusieurs jours sans manger, plusieurs heures sans boire, à peine quelques secondes sans respirer. Or, si nous, occidentaux, respirons indifféremment par le nez ou par la bouche, la tradition yoguique de l’Inde, forte d’une connaissance millénaire de l’Être, ne se trompe pas sur l’importance primordiale du souffle. Elle nous enseigne que le nez est fait pour respirer et la bouche pour manger. Alors qu’in utero, l’odorat se confondait avec le goût, les deux fonctions sont désormais distinctes. Si nous prenons soin de nous laver la bouche et les dents, la douche nasale quotidienne (le Jala Neti) est institutionnalisée depuis des lustres par les yogis. Elle se pratique à l’aide d’un petit récipient (Lota) contenant de l’eau tiède légèrement salée. Cette méthode permet de dégager les muqueuses nasales (on retrouve le sérum physiologique prescrit aux petits enfants) et de préparer notre nez à sa fonction principale qui est de bien respirer. Les bienfaits de la respiration nasale s’expliquent par le fait que l’air inspiré, en passant par le repli des fosses nasales sur sa muqueuse humide et vascularisée, s’y réchauffe. Puis prend le degré d’humidité nécessaire et se débarrasse d’abord sur les vibrisses, puis sur les cils vibratiles, de toutes les poussières et corpuscules atmosphériques qui pourraient nuire à l’intégrité des bronches et de la muqueuse respiratoire. L’air parvient ainsi aseptique au fond des alvéoles pulmonaires. Il est donc important de ne pas négliger les services que nous rend notre nez. Il y va même de la qualité de notre voix, l’obstruction d’une ou des deux fosses nasales en modifiant le timbre. Aujourd’hui, notre civilisation moderne redécouvre ce savoir oublié par l’intermédiaire de techniques comme la névraxothérapie, l’olfactothérapie, la sympathicothérapie.

Soyons au parfum !

La partie supérieure des fosses nasales est pourvue de cellules sensorielles olfactives ciliées qui baignent dans le mucus nasal. Les micro-cils de la muqueuse captent les composants volatiles des odeurs et le mucus les solubilise. Les stimuli se transmettent au premier neurone du nerf olfactif pour aller vers le cerveau primitif, appelé rhinencéphale. Et voilà comment se met en place notre sens de l’odorat. Celui-ci est capable, grâce aux 50 millions de cellules qui composent notre système olfactif, de distinguer plus de 5000 senteurs différentes qui peuvent s’assembler en des combinaisons infinies. Les odeurs sont toujours associées à des souvenirs. C’est pour cela que l’olfactothérapie, en associant odorat (utilisation d’huiles essentielles) et souvenirs parvient à rendre conscients certains conflits afin d’en éclairer la nature et permettre ainsi au patient d’aller mieux. Le langage n’est pas en reste quant aux allusions faites à l’importance de notre appendice nasal. Des expressions telles que être au parfum, avoir du nez, je l’ai dans le nez, etc., dépassent bien la seule réalité objective de l’olfaction. Le discours véhiculé parle du nez de façon implicite mais non dénuée de significations inconscientes. De manière subtile et profonde, il y est fait allusion à notre capacité à détecter de façon abstraite des évènements inconnus du présent, en suspension dans l’inconscient individuel et collectif. Ainsi, le nez, comme l’oeil, est un symbole de clairvoyance, de perspicacité, de discernement, mais plus intuitif que raisonné. Il est pour certaines peuplades un outil de détection du gibier et des ennemis. Certaines tribus l’honorent en le décorant d’anneaux, de bambous. Les femmes de l’Inde ornent leur narine gauche d’un petit diamant qu’elles fixent à l’intérieur des fosses nasales (le point de fixation choisi n’étant pas laissé au hasard). Ludmilla et Boris Bardo, auteurs de « Vous ne pouvez plus ignorer la névraxothérapie », aux éditions Camugli, précisent que ce point correspond à une zone réflexe de la muqueuse apportant la régulation du rythme cardiaque. Il est d’ailleurs intéressant de voir cette pratique arriver en occident. La seule différence est peut-être qu’elle répond plus à un souci d’apparence qu’à une symbolique précise.

Touche pas à mon nez !
La chirurgie esthétique permet aujourd’hui de changer son apparence. Si la nature nous a affublés d’une différence que nous jugeons anormale, nous avons le pouvoir de réaliser le fantasme d’être comme tout le monde. C’est-à-dire de passer inaperçu pour, pense-t-on, être mieux intégré à une communauté, voire à la société. Ainsi, on peut maintenant changer de nez comme de chemise, pour peu qu’on le trouve trop long, trop petit, trop gros, trop mince ou, à l’inverse, pas assez, comme on l’aurait voulu… Cette volonté de vouloir changer ce qui est fait partie d’un comportement typiquement occidental. Elle est liée à une certaine recherche de perfection qui amènerait le bonheur. Mais quelle sorte de perfection ? Et pour quelle conception du bonheur ? Aux États-Unis, des Noirs à la peau claire se font refaire le nez et les lèvres afin de ne pas subir la ségrégation raciale. À New York, des immigrants irlandais choisissent de troquer leur nez camus pour des nez britanniques et se font recoller les oreilles. Débarrassés de ces traits caractérisant la nature irlandaise, les voilà devenus de véritables Américains… La différence est ici niée et l’on prend le risque d’une identification pas toujours justifiée. Méfions-nous de l’uniformisation des canons esthétiques ! Pour ne pas nous sentir rejetés, devons-nous vraiment nous résoudre à posséder un nez standard ? Souvenons-nous des dérives eugéniques du siècle passé en ce qui concernait les juifs. Il est d’ailleurs intéressant de noter que la première rhinoplastie a été pratiquée par Jacques Joseph (qui a d’ailleurs changé son prénom, Jakob ayant une consonance trop juive à son goût). Le 19 avril 1904, il opère un patient dont le nez attirait trop l’attention partout où il se rendait. On pourrait se demander si échapper au regard des autres est la meilleure façon d’exister. Et si la chirurgie esthétique n’est pas à blâmer dans certains cas, attention tout de même à cette recherche de bonheur illusoire. Un nouveau nez peut suffire effectivement à résoudre nos contrariétés ou nous prouver que nous avons pouvoir sur notre corps mais les chirurgiens interviennent seulement sur une image… À l’inverse, et si notre nez tel qu’il est était bien le révélateur de notre véritable identité ? Après tout, qu’est-ce qu’il a mon nez ? pourrions-nous demander à un interlocuteur qui se permettrait de le juger. Et pourquoi ne pas opter radicalement pour le slogan : Touche pas à mon nez !

 

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