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Les publications de la Société Française de Psychanalyse Appliquée

 

 

Le langage étonnant des bébés

À la différence du langage animal, le langage humain présente une capacité à l’alternance. Il se produit en effet entre la mère et le petit d’Homme un aller-retour fait de signes et non seulement de signaux, comme c’est le cas dans le règne animal.

Le bébé est certes un être de communication mais on sait, depuis les travaux sur l’Hospitalisme de René Spitz, psychanalyste américain, qu’une privation de la relation à la mère, ou d’une personne substitutive, peut entraîner un arrêt du développement du nouveau-né.

Du code au signe
On parle parfois du langage des abeilles, du langage des fourmis ou de celui des oiseaux. Toutefois, il s’agit-là essentiellement d’un code de signaux inné. C’est-à-dire qu’ils ne donnent lieu à aucun apprentissage. S’il existe une communication d’informations des éclaireuses aux butineuses, par exemple, le but répond à un besoin particulier à l’espèce des abeilles : celui de butiner. Il est immuable et n’offre aucune possibilité de dialogue. Les butineuses réagissent immédiatement à un stimulus, sans passer par une représentation. On pourrait retrouver les mêmes éléments pour d’autres espèces. Ainsi, le chant des oiseaux, qui pourtant nous ravit, n’est fait que de signaux, même s’ils renvoient à des fonctions précises (reproductions, annonce de dangers, etc.). Ce qui fait la spécificité du langage humain, c’est que ce signal va se transformer en signes. Et cela grâce au bain langagier dans lequel évolue le nouveau-né. Ainsi, dès son plus jeune âge, l’enfant communique, pour peu qu’il ait un interlocuteur attentionné. En effet, il cherche une interprétation à ce qu’il ressent. Quand il a faim, il pleure mais ne sait pas encore ce qui le fait pleurer. Le signal va devenir signe et prendre sens lorsque la personne nourricière va mettre des mots sur sa sensation : Oui, je sais mon bébé, tu as faim, je vais m’occuper de toi... On est d’ailleurs étonné de la capacité d’écoute du tout-petit, qui peut même parfois s’arrêter de pleurer, fasciné par les sons aimants qui sortent de la bouche de son objet de prédilection, à savoir la personne qui s’occupe de lui. Difficile d’avoir les mêmes résultats avec son chat ou son animal favori ! C’est peut-être pour ça qu’il est écrit que L’Homme ne se nourrira pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu… Mais ceci est une autre histoire…

Le langage non verbal ou le plaisir du jeu (je)
Si donc le bébé n’est pas encore capable de nous faire un exposé philosophique sur la quadrature du cercle, il met toutefois en place des signes qui demandent à être écoutés et interprétés. Et si les différents courants psy s’accordent à penser que l’apparition du vrai langage n’intervient qu’à partir du huitième mois, la réceptivité au langage maternel commence à la naissance et peut-être même en amont. Ainsi, dès son premier cri, l’enfant utilise son appareil phonatoire. Ensuite, il mettra en place des lallations, c’est-à-dire des babillages et autres gazouillis. Il va jouer avec les parties de son corps, les pieds, les mains. À deux mois, bébé vous répondra, si vous lui parlez, par des sons qu’il expérimente et qui exprimeront le plaisir, sans que vous en doutiez. Regardez ses mains s’ouvrir, le sourire se dirige vers vous et devient ainsi véritable dialogue. Juste un peu plus tard, observez-le suivre des yeux les personnes qui captent son intérêt. Il commence à attirer l’attention de l’adulte en faisant du bruit et en gesticulant. Entre 7 et 9 mois, le voilà qui tape dans ses mains et fait bravo. Il montre du doigt. Il jette son doudou par terre pour qu’on le lui ramasse et en plus, ça le fait rire. Il commence petit à petit à classer le monde en deux catégories, le moi et le non-moi. À 10-11 mois, il est capable de prononcer deux ou trois mots mais comprend la signification de beaucoup d’autres. Ce n’est qu’à partir de 18 mois que l’enfant va réellement s’intéresser à papa et que le langage prend toute sa signification de rapport au monde, avec sa dimension symbolique.

Qu’est-ce que la fonction symbolique ?
On l’appelle aussi fonction sémiotique (du grec semeion, signe, et semiosis, désignation). Le psychologue Piaget l’a définie comme la capacité à évoquer un objet ou une personne en son absence. Le psychanalyste Jacques Lacan parle du stade du miroir, ce moment où le petit d’Homme prend conscience de son individualité, parfois avec jubilation. Le langage, insensiblement, va permettre à l’enfant de sortir du tout et tout de suite et lui donner la possibilité de se représenter le monde, sans pour cela avoir l’objet à disposition… Le son auquel il va donner sens et qu’il va produire va l’inscrire dans le monde des humains, tout en ayant l’assurance qu’il est unique. Un son est appelé signifiant. Par le développement de la fonction symbolique, il va pouvoir en faire un signifié déchiffrable par le plus grand nombre. Ainsi va-t-il pouvoir communiquer de plus en plus, découvrant la richesse de la combinaison possible de ces sons. Il entre doucement dans le monde du langage, médiation indispensable à l’avènement du désir qui l’anime. De plus en plus autonome, l’enfant va passer par le jeu, le dessin. Il va pouvoir construire son moi en canalisant son imaginaire : faire semblant d’être pompier, dessiner ou peindre pour le plaisir de laisser un cadeau. N’avez-vous pas remarqué que les enfants adorent vous offrir des dessins ? C’est qu’ils ont besoin de vous laisser une trace d’eux-mêmes, ce qui leur permet ainsi de développer cet axe symbolique et aussi de vous rendre, à leur façon, votre amour…

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