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Doit-on s’inquiéter pour
les petites Lolita ?
Le nom commun « lolita », évoquant une
adolescente séductrice, est entré dans le dictionnaire dans le milieu des années
80. À l’origine, le titre d’un roman de
Wladimir Nabokov, publié pour la première
fois à Paris en 1955, à cause de la
censure américaine... « Lolita » raconte
l’histoire troublante d’une liaison entre un
homme d’âge mûr et une préadolescente.
Le roman connut un succès mondial
et fit l’objet de deux adaptations cinématographiques : l’une de Stanley Kubrick en 1962, l’autre d’Adrian Lyne en 1997.
On ne compte plus les allusions métaphoriques propulsant
le comportement Lolita dans les médias. De la
marque de produits de beauté, en passant par les titres
de chanson. Pour exemple, Johnny Hallyday chantait en 1980 : Quand je serai trop vieux... avant de grimper au Bon Dieu, je ferai une de ces noubas chez Madame Lolita… Il existe même le Gothic lolita, une mode vestimentaire japonaise. Aujourd’hui, on peut vraiment parler de lolitamanie.
Mais qui sont donc ces Lolita ?
Elles n’ont souvent guère plus de 10 ans. Elles s’appellent
Océane, Julie ou Clara. Elles travaillent leur look. Elles portent
des tops qui dévoilent leur nombril. On peut parfois apercevoir un string qui dépasse des jeans taille basse. Leur visage est maquillé. Bref, elles ne jouent plus à la poupée mais à l’enfant-femme. Leurs références : Britney Spears, Alizée, Lorie… D’ailleurs, il n’est pas rare que leur chambre soit tapissée de photos de leur idole, entretenant ainsi la magie de l’identification. Rien de plus normal puisque ces modèles font partie du paysage médiatique. D’ailleurs, la télévision, le cinéma, les magazines, les publicités cautionnent la lolitamania. Le problème, c’est que l’on risque de voler quelque chose de l’enfance à ces petites filles qui ne sont certainement pas prêtes à assumer les conséquences d’un comportement qui n’est pas de leur âge.
La lolitattitude, un ordre perturbé
Tout comme dans le roman de Nabokov, on assiste à une
confusion dans l’ordre des générations. Qui est la fille ? Qui
est la mère ? La psychanalyse souligne les dangers d’une telle relation confusionnelle. D’autant plus que le père n’est plus celui qui pose la loi, mais celui qu’il faut inconsciemment séduire coûte que coûte. Un homme pour deux femmes, dont l’une est une enfant. C’est toute la tragédie du roman, dans lequel tous les personnages se détruisent in fine. Sans tomber dans un moralisme facile, il est important de s’interroger sur l’issue d’une médiatisation à outrance ; celle-ci, sous couvert de course à l’audimat, peut faire basculer une société dans une incohérence dont les victimes seront ces enfants que l’on veut adultes ou ces adultes que l’on traite en enfants. En effet, une femme peut avoir la lolitattitude jusqu’à la trentaine. C’est comme si l’esthétique n’avait plus d’éthique. La confusion est totale. Des strings à 12 ans, des couettes à 30. Le pire, c’est que certains parents, conditionnés eux aussi, entrent dans la danse. Aux États-Unis, des mères inscrivent leur fille de 7-8 ans à des concours de miss. Est-il question ici du désir de la fille ou de celui de la mère ?
Une exploitation du mythe de la nymphette
Hubert Allin, auteur du livre Musique Business, publié aux éditions City Edition document, explique : Les nymphettes
existent depuis des lustres. Les très jeunes filles ont toujours été courtisées par les hommes. Mais cela se passait le plus
souvent par le filtre de la lecture, cela pouvait rester de l’ordre
du phantasme. Aujourd’hui, j’ai l’impression que ces jeunes corps sont livrés sans retenue aux yeux de tous… Le phénomène
Lolita est sans doute assez ancien, mais la société
actuelle l’exploite de manière indéfendable à mes yeux… À Dallas, il existe un salon de beauté destiné aux enfants (soins
du visage, manucure etc). On peut se demander jusqu’où peut aller le paradoxe d’une société qui, d’un côté lutte contre la pédophilie et de l’autre encourage, par médias interposés, l’image de la petite fille sexy. Le marché s’est emparé de ces poupées vivantes. Les émissions de télé mettent en scène des stars de plus en plus jeunes. Amour, gloire et beauté à 12 ans !
Il suffit d’être découverte. Les castings se multiplient, la compétition à l’apparence est ouverte. Faisons confiance au bon sens de nos adolescentes. Il n’est tout de même pas question de dramatiser outre mesure une situation qui dépasse le contexte individuel. Nos adolescentes
savent aussi découvrir le pot aux roses. Coralie, 15
ans, était à 13 ans une fan de Britney Spears : Á l’époque, je ne vivais que par mon idole. Elle était tout ce que j’idéalisais.
La beauté, la gloire, l’amour. Je m’identifiais totalement à
elle, jusqu’à chercher un petit copain qui ressemble à son fiancé. Je ne l’ai d’ailleurs jamais rencontré ! Mon rêve s’est
effondré lorsque j’ai lu dans la presse que le couple idéal s’était
séparé. Á partir de ce moment-là, je ne l’ai pas trouvée si belle que ça. J’ai aussi appris qu’elle avait fait une dépression
et quelque temps après, j’ai découvert une photo où on la voit embrasser un autre prétendant. Ce n’est pas comme cela que j’envisage les choses de l’amour. Maintenant, j’ai 15 ans. Ma préoccupation est de savoir ce que je vais faire de ma vie au niveau professionnel. Mais je ne regrette pas mon petit nuage rose. D’autant que mes parents, tout en me posant des limites, savaient que j’allais me réveiller toute seule…
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