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Parler sans crier
L’enfant qui vient de naître n’a pas d’autre choix pour exprimer son malaise que
celui de crier. Peu à peu, le langage va remplacer ce cri primal.
Pourtant nous ne pouvons faire l’impasse sur
cette projection sonore première. Crier n’est
pas toujours négatif, à condition de réserver
cette expression à un registre précis : marquer les
limites. Ainsi, Anne-Marie Delisle, psychoéducatrice,
explique que « crier peut être un moyen d’intervention
quand on doit saisir un enfant pour lui éviter
un danger, l’arrêter parce que son comportement
est inacceptable ou attirer son attention ». S’il s’agit-là d’une réaction viscérale, ne nous laissons toutefois
pas emporter par notre colère. Apprenons à
nous maîtriser.
Le kiai ou le juste cri
Les arts martiaux japonais ont développé une technique
du cri destinée à vaincre l’adversaire sans
contact physique : le kiai. Dans l’ouvrage « Le
guide marabout du ju-jitsu et du kiai », Roland
Habersetzer explique : Le cri est une réaction naturelle
et primitive de l’Homme. Au cours des
batailles, toutes les armées du monde se ruent les
unes sur les autres en hurlant férocement, à la fois
pour se donner du coeur à l’ouvrage et pour effrayer
l’ennemi, en lui faisant sentir sa propre détermination.
Cependant, le cri ne fut vraiment étudié en
tant qu’élément tactique pris sur le plan individuel
qu’en Extrême-Orient, et notamment au Japon, par
les vieux maîtres du bu-jitsu. Les techniques des
arts martiaux ont ainsi été originellement élaborées
dans un sens de protection face à des agressions
injustes et non dans un but offensif. La maîtrise de
soi était la première qualité exigée par le combattant
qui n’avait le droit d’user de son art que lorsque
toutes les autres solutions avaient échoué. Le kiai véritable, ajoute Roland Habersetzer, qui n’a rien à
voir avec ces rugissements de fauves que l’on peut
entendre dans les compétitions budo modernes, est
la manifestation d’une éducation intelligente des
forces instinctives…
Rien ne sert de crier
Il est légitime de s’opposer et d’être en colère. Mais
tout réside dans la manière de formuler les choses.
Rien ne sert de crier, « il faut parler à point ». Ainsi,
Anne-Marie Delisle explique : Un jour ou l’autre,
on se surprend à crier aux enfants ce qu’on a déjà
répété cinq ou six fois calmement. Sous le coup de
la surprise, ils s’exécutent. Mais, si la scène se
répète, ils finissent par s’habituer à nos cris et ne
réagissent plus. Heureusement, il y a d’autres
façons de se faire écouter. Une des suggestions proposées
est celle de ne pas attendre d’être à bout
pour intervenir. On risque en effet de ne plus pouvoir
se contrôler suffisamment. Certains parents
donnent une limite de temps, ajoute Anne-Marie
Delisle : « Je compte jusqu’à 10. Si, à 10, tu n’as
pas fait ce que je t’ai demandé, tu iras réfléchir
dans ta chambre »… Et on tient parole s’il ne s’exécute
pas dans les délais. Attention aux menaces du
genre : «Je vais enlever la télévision», « Je vais
appeler la police »… Il est bien évident qu’on ne le
fera pas. L’enfant finira par ne plus nous écouter et,
quand on se mettra en colère et qu’on menacera de
le punir, il attendra simplement que l’orage passe. À l’inverse, il est important de verbaliser un acte
positif. Si nous soulignons seulement les actes répréhensibles
et si nous ne faisons pas la différence avec
ce qui nous paraît être un acte responsable, l’enfant
ne se sentira pas reconnu. Il fera le contraire de ce
qu’on lui demande, simplement pour qu’on s’occupe
de lui, indépendamment de la violence de l’intervention.
Il ne verra pas l’intérêt de s’améliorer puisque
ses efforts sont passés sous silence..
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