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Les publications de la Société Française de Psychanalyse Appliquée

 

Antidépresseurs : progrès sanitaire ou enjeux économiques ?

 

Un vent de liberté sembla souffler lors de l’avènement des psychotropes dans les années 1950. Finis la camisole et les traitements d’un autre âge ! On allait enfin pouvoir maîtriser la souffrance psychique et ses symptômes… Dans la foulée, les antidépresseurs firent leur apparition vers les années 1970. La « pilule du bonheur » avait vu le jour.

Au fil du temps, l’engouement pour les substances chimiques allait mener les Français à devenir les plus gros consommateurs d’antidépresseurs au monde. La période troublée de mai 1968 et du contexte sociologique de l’époque eut, à n’en pas douter, un impact non négligeable sur cette consommation d’antidépresseurs. La société était devenue insupportable, il fallait interdire d’interdire ! Ne voici pas, justement, le nœud du problème ? Au lieu de lever l’interdit, cette formule ne l’a-t-elle pas, a contrario, renforcé, entraînant un interdit encore plus résistant sur le désir ? Car c’est de cela qu’il s’agit dans la dépression, d’une maladie du désir.

Qu’est-ce qu’une dépression ?
Selon le Larousse, c’est  un état pathologique marqué par une tristesse avec douleur morale, une perte de l’estime de soi, un ralentissement psychomoteur. On assiste actuellement à une banalisation du terme dépression et une tendance à voir de la dépression partout ! Il est pourtant des situations où tristesse et douleur morale ne vont pas de pair avec dépression. En effet, lorsqu’un individu traverse une période difficile dans sa vie, qu’il soit confronté à un deuil, une séparation ou une perte d’emploi, il est logique qu’il éprouve de la tristesse et/ou une douleur morale sans qu’il n’y ait quoi que ce soit de pathologique. Le plus souvent, c’est le médecin traitant qui est le premier interlocuteur auquel on va confier ses symptômes. La réponse semble vite devenir évidente : il faut prendre des antidépresseurs. L’exemple de Sarah est très intéressant. Voici une jeune femme de 21 ans qui souffre d’un surpoids qu’elle supporte mal. Le médecin consulté lui conseille de rencontrer un psychiatre. Après quelques séances, des antidépresseurs lui sont prescrits. Sarah, se trouvant un peu trop jeune pour recourir aux antidépresseurs, s’est finalement dirigée vers la psychanalyse, afin d’essayer de comprendre ce qui l’avait poussé à prendre du poids malgré une activité sportive importante.

Médicaliser la souffrance psychique ?
Tout ceci pose la question de la prise en charge de la souffrance psychique. Selon une étude de l’INSEE en collaboration avec l’OMS, parue en décembre 2006, les troubles dépressifs sont un enjeu de santé publique majeur et soulèvent de nombreuses questions de société. Cette même étude précise que la consommation d’antidépresseurs a été multipliée par 7 en 20 ans. L’information des médecins serait-elle alors mise en cause ? N’y a-t-il pas, de la part des laboratoires pharmaceutiques, des pressions pour la prescription de ces molécules ? De plus en plus, on s’aperçoit qu’elles n’éradiquent pas les problèmes, voire même qu’elles en créent d’autres, ne serait-ce qu’au travers d’une dépendance. Peut-on pour autant blâmer la médecine de vouloir notre bonheur ? Chercher à calmer les symptômes, sans tenir compte de leurs origines, a pourtant ses limites. Selon Freud, tout symptôme est l’extériorisation d’un conflit interne. L’inconscient s’exprime au travers des maux. Chaque fois que l’on tente de le museler en s’attaquant aux symptômes qu’il manifeste, il déplace le problème et le rend encore plus persistant. La réponse médicamenteuse est devenue un palliatif à une certaine impuissance face à une société qui perd peu à peu ses re-pères. La parole permet une alternative à un traitement médical souvent contraignant pour le patient, l’amenant peu à peu à se défaire de sa cuirasse et à s’autoriser à accéder à son propre désir.

Une réponse aux troubles dépressifs ?
La psychanalyse ne s’attaque pas au symptôme mais cherche à établir le lien qui rattache ce symptôme à la vie psychique et à l’histoire du sujet. Pour autant, elle ne s’oppose pas à l’absorption médicamenteuse. Elle prend en compte le besoin d’étayage du patient et va l’amener, progressivement, à lâcher cette béquille. Dans une société où l’on désire des résultats immédiats, s’installer dans un processus de cure analytique paraît souvent long et fastidieux. Une question revient fréquemment lors d’une première consultation : Combien de temps ça va durer ? Mais, pour l’inconscient, le temps n’existe pas. C’est au fil des séances et grâce au transfert que l’inconscient va lâcher ses formations de compromis, mises en place par ce même inconscient, pour déjouer la censure dont il est l’objet. C’est parce qu’il ne se sentira pas jugé que l’analysant pourra laisser émerger sa véritable identité. La prise de conscience de la réalité du monde extérieur et la possibilité d’agir selon sa propre volonté lui permettront alors de devenir actant de sa propre existence. À chacun donc de trouver ses propres réponses sans chercher à s’identifier à un modèle prédéfini. N’est-ce pas là la place de la liberté ?


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